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Un texte rempli de vie
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Un texte rempli de vie
Lorsque l’on demande à François de décrire son mode de vie, il répond simplement : l’Évangile. Rien d’autre que vivre l’Évangile. Même si, pour lui, cette réponse dit tout, il faut admettre qu’elle ne suffit pas à décrire son rapport avec les Saintes Écritures. Comment François a-t-il eu accès à la Bible, et comment l’a-t-il comprise?
Au Moyen Âge, l’accès aux Écritures était beaucoup plus distante, si l’on compare à notre époque. L’imprimerie n’existe pas encore; chaque livre est l’œuvre de copistes. Un seul évangile demande des centaines d’heures de travail minutieux. Quand il s’agit d’une Bible entière, on parle de dizaines de milliers d’heures.
Les livres et les manuscrits, pour la plupart, étaient très volumineux. Ils étaient aussi très coûteux, donc, peu facilement accessibles. Même dans l’Église, il était plus facile de trouver un évangéliaire ou un Nouveau Testament. Il en va de même pour les Psaumes, utilisés pour la prière dans les communautés. Il n’est donc pas surprenant de constater que, dans les écrits de François, ces livres bibliques soient les plus souvent cités.
En latin en plus !
Les passages de la Bible étaient, de plus, lus et proclamés en latin. Langue sacrée, employée depuis longtemps dans l’Église, on en comprenait quelques éléments, mais il est peu probable que François, comme la plupart de ses contemporains, comprenait vraiment ce qui était lu. Au mieux, il en saisissait quelques bribes.
De là vient l’un des traits de caractère les plus attachants de François. Aussitôt entendu un passage qui l’avait inspiré — ou provoqué —, il se rendait auprès du prêtre, ou de toute personne susceptible de l’éclairer, pour vérifier s’il avait bien compris. On trouve dans son Testament, une invitation à toujours s’en remettre aux personnes compétentes : « Et tous les théologiens et ceux qui administrent les très saintes paroles divines, nous devons les honorer et les vénérer comme ceux qui nous administrent l’esprit et la vie » (v. 13). De cette manière, François souhaite développer chez ses disciples une attitude qui est à l’opposé de l’approche sectaire : « J’ai compris et moi seul ai compris comme il faut. » Premier exemple que ce qu’il prêche, François accepte humblement de chercher avec d’autres les éléments qui lui permettront de mieux comprendre la Parole.
Sans glose ni commentaire !
Depuis le deuxième siècle, les commentaires des Pères de l’Église sont abondamment lus et commentés, en particulier dans les monastères. À chaque mot ou à chaque verset, on avait l’habitude de donner un sens « spirituel » ou « analogique », généralement inspiré de la vie, de la mort ou de la résurrection de Jésus. Il était normal de commenter l’Écriture en utilisant les comparaisons et les commentaires des Pères de l’Église.
Cette approche était à double tranchant. Bien sûr, on profite de la méditation et de la réflexion de ceux qui les ont précédé, mais il arrivait aussi que, par souci de profondeur ou de cohérence, on s’éloigne de la signification originale du texte. La lecture était brillante, certes, mais il arrivait qu’elle manque de fraîcheur. Comme si les Saintes Écritures n’étaient parlantes qu’à travers le commentaire des savants.
François s’intéresse au texte et à rien d’autre. Il veut vivre l’Évangile. Point. Sans glose ni commentaire. Il expérimente la force et la justesse des paroles de son Seigneur. Il les entend ; il vérifie s’il les a bien comprises, et il cherche à les vivre. Sans intermédiaire, sans lunette « déformante ». Le Seigneur a transmis ses paroles simplement ; elles doivent être lues simplement.
Vivre l’Évangile
Là où François se distingue encore, c’est dans sa manière de l’appliquer. Il cherche moins une théologie ou une spiritualité qu’une manière de vivre. Lorsqu’il entend le texte de l’envoi des disciples en mission (Luc 10), il ne veut pas connaître les principes qui sous-tendent une telle invitation. Non, il lui suffit que le Seigneur ait demandé cela à ses disciples pour que François emprunte les routes du monde. Il lit le texte, vérifie s’il a bien compris, et il tente aussitôt de le mettre en pratique.
Là où nous avons tendance à questionner le texte : « C’est trop dur ou trop difficile », François y voit une invitation à plus de fidélité au Seigneur. « Il doit s’y trouver une sagesse », semble-t-il nous dire. Il adopte l’Évangile dans toute sa rugosité, quitte à ajuster son tir par la suite.
Le rapport de François avec les Écritures est tout simple. Celui d’un humble laïc qui souhaite de tout son cœur appliquer les saintes paroles de son Seigneur. Il tient à ce que le texte soit lu, compris et appliqué simplement. Comme il est écrit et ce, même s’il comporte une certaine exigence. Il est convaincu que s’il répond généreusement à l’appel du Seigneur, le Très-Haut lui-même saura lui enseigner ce qu’il manque à sa compréhension.
Guylain
Prince, ofm
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