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La Nouvelle revue franciscaine
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franciscain
Le
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Un texte rempli de vie
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Un Dieu à genoux devant l’humanité
Si l’on veut connaître la manière concrète de vivre de François d’Assise, il nous faut lire les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc). Si l’on veut connaître son cœur, il nous faut porter attention à l’évangile de Jean. De nombreux éléments de sa spiritualité — sa manière de comprendre la Croix et le don que Jésus fait de sa vie, par exemple — sont directement inspirés du quatrième évangile. Voici quelques points de repères.
La conversion de François s’est produite devant le crucifix de Saint-Damien. Tout dans cette icône illustre à merveille la compréhension qu’ont les Églises d’Orient de la mort de Jésus. Les stigmates — les marques des blessures du Christ dans la chair de François — lui furent données le jour de la Croix glorieuse. Les thèmes de lumière, d’amour et d’unité, de même que la relation entre le Fils et le Père, longuement méditée par François, sont autant d’éléments qui le rapprochent de l’évangile de Jean, en particulier les chapitres 13 à 17.
Le dernier repas
On connaît tous l’importance qu’il accordait à l’Eucharistie ; la vénération dont il l’entoure est légendaire. Il importe de noter qu’il en a compris profondément le sens en s’appuyant sur les écrits de Jean. Contrairement aux autres évangiles, ce dernier ne raconte pas le récit du pain et du vin (voir plutôt Marc 14, 22-25 ; Matthieu 26,26-29 ; Luc 22, 15-20) ; on pense que l’auteur considérait cette partie suffisamment bien traitée ailleurs. L’évangéliste Jean aurait préféré en développer le sens.
Cet écrit nous propose le récit du lavement des pieds (chapitre 13) et un très long discours de Jésus à ses disciples à l’occasion du Dernier Repas. Le Maître quitte son siège et revêt le nécessaire du serviteur. Malgré la résistance de Pierre, il lave les pieds de ses disciples. « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. » (v. 13). Ainsi agit le Maître ; ainsi devraient se comporter les disciples. François comprend au plus profond de son âme que, s’il veut ressembler au Christ, il sera le « serviteur de tous », comme son Maître (LP 61).
La pauvreté de Dieu
Maurice Zundel, un grand auteur spirituel du XXe siècle, considère François comme le plus grand des théologiens. Il aurait compris que la pauvreté de Dieu est l’une des manières les plus justes de décrire la Trinité. Le Père ne garde rien pour lui-même : il se donne tout entier au Fils. Inversement, le Fils s’en remet tout entier au Père. Ainsi, l’un et l’autre se désapproprient, s’offrent tout entiers, dans un constant élan généreux vers l’autre. Dieu est pauvre car il n’a rien d’autre à donner que Lui-même.
François l’aurait profondément compris. La Crèche, la Cène et la Croix sont autant de manières de Dieu de s’approcher de l’humanité. Dieu se vide de lui-même, apparaissant sous les aspects les plus humbles, afin de gagner le cœur humain. L’humilité de Dieu constitue l’un des principaux points d’émerveillement pour François.
L’Esprit Paraclet
Dans l’évangile de Jean, les êtres humains sont conviés à une intimité extraordinaire entre le Père et le Fils. Ce dernier répand l’Esprit d’adoption sur ses disciples. On comprendra alors pourquoi l’expression Paraclet — pourtant peu fréquente par ailleurs — soit utilisée par François. Il fait de l’Esprit le « ministre » de son Ordre, l’inspirateur et le défenseur. Par l’Esprit, qui enseigne toute chose (Jn 14,26, voir aussi 16,13), nous pourrons suivre les traces de Jésus-Christ (LOrd 51).
En véritables fils du Père, les premiers frères sont longuement exhortés à suivre les commandements du Seigneur, à y mettre tout leurs cœurs. Ce profond attachement aux paroles du Seigneur est le ciment de la jeune communauté. La communion des cœurs permet au monde de reconnaître les disciples de Jésus (Jn 17, 21). Voilà pourquoi le distance entre lui et une partie de l’Ordre, vers la fin de sa vie, sera pour lui source de très grandes souffrances. À ses yeux, c’est l’Évangile lui-même qui est trahi.
Une victoire sans faille
La croix représente pour François la victoire totale de l’amour sur la haine. Son célèbre refrain « l’amour n’est pas aimé » illustre sa compréhension de la Croix : à la fois signe du don total de Dieu à l’humanité et signe du refus d’une partie de l’humanité de ce même don. François pressent que Dieu subit la Croix, qu’elle est signe d’un amour oublié ou trahi.
Jésus est resté fidèle, jusqu’au bout, à sa mission. « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » (Jn 10, 18), et « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’il aime » (Jn 15,13). François comprendra sa propre vie comme une offrande à la venue du Royaume. L’œuvre qu’il a entreprise n’est pas la sienne, mais celle du Père. À lui, la responsabilité de la mener à terme. Dès lors, il entre dans la Joie parfaite donnée par le Christ (Jn 16, 24).
Guylain Prince, ofm
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