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Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Neige
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau
La Nouvelle revue franciscaine
Prière
pour la paix
Cantique
des créatures
Prière
d'offrande
Devant
le crucifix
Pater
paraphrasé
Merci, frère François
Quatre chansons de Donavan
Devenir
mineur, ou
la contemplation comme service
Un Dieu à genoux devant l'humanité
Eucharistie
et Incarnation
La
fraternité, perle la plus précieuse de l'héritage
franciscain
Le
grand pardon dAssise, le 2 août
Le
monde comme cloître
Suivre
le Christ... jusqu'au bout!
Un texte rempli de vie
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Eucharistie
et Incarnation
DANS LA TRADITION FRANCISCAINE
Cest lannée de lEucharistie. Selon notre
héritage franciscain, pas de meilleure façon de
nous en approcher que de contempler lIncarnation. Dieu entre
dans notre histoire non plus par la Loi, les Prophètes
et les Psaumes, ni même par le désir de le rencontrer
quil allume en nous, mais à travers la personne de
son Fils. Le miracle est que Dieu nous arrive par un enfant.
Les paroles
de lAnge à Marie montrent jusquoù veut
sexprimer la faveur de Dieu : « Il sera
grand et sera appelé fils du Très Haut »
(Luc 1,32). Ainsi il va se donner en partage. Pourtant
François dAssise répète la conviction
de lapôtre Jean : « Dieu est esprit
et personne na jamais vu Dieu » (Jean 4,24 et 1,18). La première admonition de François
porte sur le « corps du Seigneur ». Il commence
par évoquer le lien intime entre le Père et la personne
de Jésus. Il fonde lEucharistie sur ce lien privilégié
entre les deux. Mais sa vision contemplée est trinitaire.
Contexte
trouble à lépoque de François
Les gens
du XIIIe siècle entretiennent des contradictions et de
la confusion en matière dEucharistie. Le peuple prend
lhabitude daller à la messe sans communier.
La communion oculaire, cest-à-dire la communion par
ladoration au moment de lélévation,
supplante la première et instaure un nouveau genre de dévotion.
Des mouvements hérétiques remettent en question
la validité de la consécration faite par des prêtres
qui vendent des indulgences ou vivent en situation de concubinage.
Des lieux et des objets sacrés sont laissés à
labandon. La messe est devenue un grand sacrifice expiatoire
pour des gens parfaits. Il ny a pratiquement rien qui mette
en relief le mémorial pascal du Christ. On verse dans le
rituel coupé de la vie.
Cest
dans ce contexte trouble que François et les frères
établissent leur pratique simple de lEucharistie,
loin des débats pour érudits sur la consécration
et la transsubstantiation. François fait peu de
différence entre les disciples de Jésus et les gens
du Moyen Âge. Il se réfère dabord à
ceux qui ont eu la chance de voir Jésus homme pour croire
quil était Dieu. Puis il fait un saut dans le temps
pour évoquer ceux qui se tiennent devant lautel.
Mais la conviction centrale de son propos, inspiré dun
petit sermon de la tradition des Pères de lÉglise,
est que ce qui se passe à lEucharistie, sous les
yeux des fidèles, devient une véritable rencontre
de Jésus. Pain et vin sur lautel, « sanctifiés
par les paroles du Seigneur », donnent accès
à sa présence exactement comme au temps des disciples.
Sa croyance est unifiée.
Rencontrer
le Christ Seigneur
LEucharistie
prolonge lIncarnation du Fils de Dieu; elle propose de croire
que Jésus est pleinement Dieu. Cette expérience
est réelle, parce que profondément spirituelle.
« Des lors, lEsprit du Seigneur qui habite dans
ses fidèles, cest lui qui reçoit les très
saints corps et sang du Seigneur » (Admonition 1,12).
En dautres mots, lEsprit qui nous invite à
rencontrer le Seigneur est ce même Esprit qui le rend présent
sur lautel et nous permet de partager lexpérience
intime des disciples avec lui.
Il faut bien
peser les mots de François qui trahissent son côté
sensible. Homme concret, il aime les verbes voir, manger, boire,
toucher, recevoir pour évoquer lEucharistie.
Il comprend que chaque messe actualise de nouveau ce qui se joue
à lIncarnation. Chaque messe redonne à Noël
sa grandeur. Nous sommes appelés à entrer dans un
espace sacré qui dépasse le temps de notre courte
existence. La spiritualité franciscaine prolonge la vision
de saint Bernard qui aimait sémerveiller devant lIncarnation
du Fils. Au Moyen Âge, on comprenait lEsprit à
luvre au fond des curs autant que dans lhistoire.
Cisterciens et franciscains descendaient Dieu de son piédestal
inaccessible pour le rapprocher de lhumanité à
travers le Christ incarné.
Noël
pour chaque jour
François
emprunte des images de descente pour parler de ce qui se
joue à Eucharistie. Ce sont les mêmes images quil
choisit pour évoquer la fête de Noël. Noël
se célèbre chaque jour à travers un peu de
pain et de vin et les paroles du Seigneur. Avec ses verbes préférés,
François ajoute un adjectif précis pour qualifier
le Christ, son humilité. Dans son esprit, le dépouillement
de la Crèche annonce
un autre dépouillement, celui de la Croix. Sa vision est
large et unifiée : Création, Incarnation et
Rédemption sentrecroisent. Crèche, Croix et
matin de Pâques se déroulent sur lautel.
Le
Christ vivant et vrai
« Chaque
jour il vient lui-même à nous sous une humble apparence. »
(Admonition 1,17). La portée de notre spiritualité
franciscaine est immense : recevoir le corps du Christ est
un fait vivant et vrai. Il ne sagit pas dune idée
ni dune dévotion simpliste mais dun chemin
incontournable pour saisir la « divinité »
du Fils de Dieu. Notre humilité repose sur celle du Seigneur :
« Ne retenez pour vous rien de vous, afin que vous
reçoive tout entiers celui qui se donne à vous tout
entier. » (Lettre à lOrdre 29).
Nous ne célébrons
pas tous lEucharistie également, le plus souvent
par habitude ou sans ravissement. Pour certains, labandon
de la pratique religieuse a créé un éloignement
plus grand face à ce mystère, face à lintériorité,
au vocabulaire et aux gestes liturgiques. Comment redécouvrir
lIncarnation dans lEucharistie? Sans doute en
nous ré-appropriant la profondeur et la vérité
de ce qui se joue au sein de la communauté célébrante.
Après avoir reçu les saintes paroles du Christ,
le pain et le vin consacrés, il nous est donné de
mettre Dieu au monde, dans son Fils, par lexemple et la
parole. François dit « comme une lumière
qui brille pour le monde ». La conviction finale de
ladmonition de François suggère la permanence
du Seigneur parmi nous tel quil la promis. Cette permanence
tient à la communion des curs. Eucharistie et Incarnation
nous lèguent donc les traits vivants de la Trinité
de Dieu parmi nous pour toujours.
Pierre
Brunette, auteur de cet article, est actuellement le Provincial
des Franciscains. Il a beaucoup étudié les écrits
de François dAssise (entre autres les admonitions).
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