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Spiritualité

La Nouvelle revue franciscaine

Prière pour la paix
Cantique des créatures
Prière d'offrande
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Pater paraphrasé
Merci, frère François
Quatre chansons de Donavan

Devenir mineur, ou
la contemplation comme service

Un Dieu à genoux devant l'humanité

Eucharistie et Incarnation

La fraternité, perle la plus précieuse de l'héritage franciscain

Le grand pardon d’Assise, le 2 août

Le monde comme cloître

Suivre le Christ... jusqu'au bout!

Un texte rempli de vie

 

Le monde comme cloître

Traditionnellement la vie des religieux et religieuses se déroulait autour du « cloître », c’est-à-dire une cour fermée par les bâtiments du monastère. François d’Assise s’inscrit dans une autre et nouvelle tradition. Pour lui, son cloître, c’est le monde...

On en trouve une exquise illustration dans un court écrit composé peu d’années après sa mort et portant sur « la sainte alliance de François et de ses frères avec Dame Pauvreté ». Après avoir conclu cette alliance, les frères offrent à Dame Pauvreté un « banquet » au pain et à l’eau. Puis elle prend un peu de repos.

« À son lever, elle demanda qu’on lui montrât le cloître. Ils la menèrent sur une colline et lui firent admirer un panorama splendide. — Madame, dirent-ils, voici notre cloître. »

L’univers, lieu de contemplation

L’auteur de ce texte avait visiblement bien compris le sens de la relation que François voulait entretenir avec toute la création. Frère Thomas de Célano, au paragraphe 165 de sa Seconde Vie de François, nous dit que celui-ci se servait de toutes les choses de ce monde comme autant de miroirs pour contempler la bonté de Dieu. En toute œuvre, il admirait l’Ouvrier ; il référait au Créateur les qualités qu’il découvrait à chaque créature. Il savait, dans une belle chose, contempler le Très Beau ; tout ce qu’il rencontrait de bon lui chantait : « Celui qui m’a fait, celui-là est le Très Bon. » Il poursuivait à la trace son Bien-Aimé en tout lieu de sa création, se servant de tout l’univers comme d’une échelle pour se hausser jusqu’au trône de Dieu.

Ce que les moines et moniales de la grande tradition monastique cherchaient dans la retraite et le silence des espaces protégés, François le trouvait en tout lieu de la création.

Un appel à la conversion

Notre monde de « libre marché » a développé une préoccupation quasi obsessionnelle du gain à tout prix; ce qui le pousse à « exploiter » l’environnement, même humain, et de façon outrancière. Là où François reconnaissait des occasions de contemplation, la mentalité dominante nous porte à n’y voir que des « objets » à exploiter à notre avantage. Or les études du comportement humain démontrent que nous finissons par avoir entre nous, dans nos relations mutuelles, les mêmes comportements que nous avons vis-à-vis du monde minéral, végétal et animal. Autrement dit, les « exploiteurs » le sont en toute situation. Le chemin de l’exploitation à la contemplation peut s’avérer ardu : une vraie conversion!

Une question de vie ou de mort

Et cependant la survie est à ce prix, autant la survie de l’espèce humaine que celle de notre environnement. L’une ne va pas sans l’autre. Le secret de François fut sans doute d’avoir compris intuitivement ce que nous découvrons aujourd’hui à l’aide d’études savantes : nous ne sommes pas les « maîtres » de la création; nous en sommes une des composantes. Son regard de foi permettait à François de saisir la relation fraternelle qui le reliait à tous les autres êtres de la création, et non seulement aux autres humains. S’étant situé comme « frère » de tout ce qui existe, tout devenait pour François lieu et occasion de solidarité « familiale ». Occasion aussi de contemplation, car tous ces « frères » et « sœurs », il les voyait comme dons du Père commun dont ils portaient les traits. Toute la création était devenu son « cloître », lieu de rencontre avec Dieu.

Et cependant, pour maintenir cette attitude contemplative, cette attitude d’accueil de Dieu qui se manifeste dans toute sa création, François éprouvait la nécessité de se retirer régulièrement dans le silence d’un ermitage afin d’y purifier son regard et son cœur de toute tentation d’exploitation des dons de Dieu. Pour lui c’était là une question de vie ou de mort spirituelle.

Et nous aujourd’hui

• Habitant pour la plupart des villes où règne une activité bruyante et accaparante, où l’on se connaît peu, même entre voisins, où le « panorama splendide » que les frères firent admirer à Dame Pauvreté se transforme souvent en un horizon de constructions, comment retrouver l’attitude de François? Pouvons-nous quand même identifier autour de nous de belles choses, de beaux gestes de solidarité qui nous reflètent quelque chose du Très Beau, du Très Bon?

• Les moyens modernes de communication font que le grand « cloître » du monde envahit sans cesse même l’intimité des foyers. Est-ce que ce pourrait devenir pour nous des occasions d’approfondir une solidarité vraiment « familiale » avec l’ensemble de la création, telle que François le vivait, dans son monde à lui?

• Par ailleurs, pour maintenir notre regard et notre cœur purs de toute tentation d’exploitation des dons de Dieu, et refaire notre capacité de contemplation, n’aurions-nous pas besoin, tout autant que François, de savoir aménager dans notre vie des moments de retrait, de calme et de silence? Peut-être pendant les vacances...

Laurent Gallant, ofm

 
 

 

Dernière modification : 23 mai 2006

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