« La
guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens
et sarrasins, les deux armées ayant pris position face
à face dans la plaine. Mais dans l'espoir d'obtenir ce
qu'il désirait, François résolut de s'y
rendre. Après avoir prié, il obtint la force du
Seigneur.
S'étant
adjoint un compagnon, un frère plein d'intelligence et
de courage, il se mit en route et se retrouva dans le territoire
du sultan. Tombant dans les avant-postes des sarrasins, ceux-ci
se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent
d'injures, les chargeant de chaînes et les rouant de coups.
À la fin, après les avoir maltraités et
meurtris, ils les amenèrent en présence du sultan Malik
al-Kamil.
Le prince
leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre,
et comment ils avaient fait pour venir; avec assurance, François
répondit qu'il avait été envoyé
d'au-delà des mers non par un homme mais par le Dieu
très-haut pour lui indiquer, à lui et à
son peuple, la voie du salut et leur annoncer l'Évangile
qui est la vérité. Puis il prêcha au sultan
Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une
telle vigueur de pensée, une telle force d'âme
et une telle ferveur d'esprit qu'en lui se réalisait
de façon éclatante ce verset de l'Évangile :
"Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle
tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire".
Témoin
en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l'écouta
avec plaisir et le pressa de prolonger son séjour auprès
de lui. Il offrit à François de nombreux et riches
cadeaux que ce dernier méprisa comme de la boue :
ce n'était pas des richesses du monde dont il était
avide mais du salut des âmes.
Le sultan
n'en conçut que plus de dévotion encore pour lui,
à constater chez le saint un si parfait mépris
des biens d'ici-bas. François quitta le pays du sultan
escorté par ses soldats. »