François, ayant en quelque sorte transformé les frères en saints, par l'ardeur de son amour et le zèle fervent qu'il avait pour leur perfection, examinait souvent en lui-même les qualités et les vertus dont devait être pourvu le bon frère Mineur.
Il disait que ce serait un bon frère Mineur, celui qui réunit en lui la vie et les mérites de ces saints frères :
la foi du frère Bernard, qui l'avait aussi parfaite que son amour de la pauvreté ;
la simplicité et la pureté du frère Léon, qui fut réellement d'une très sainte pureté ;
la courtoisie du frère Ange, qui fut le premier chevalier qui entra dans l'Ordre et fut rempli de courtoisie et de bienveillanc ;
la distinction et le bon sens naturel du frère Massée avec sa belle et pieuse éloquence ;
l'esprit élevé à la contemplation que le frère Gilles eut en toute perfection ;
la prière vertueuse et constante du frère Rufin qui priait toujours sans arrêt. Même en dormant, même en travaillant, son esprit était toujours avec
le Seigneur ;
la patience du frère Genièvre, qui parvint à un état de patience parfaite parce qu'il gardait constamment conscience de l'évidente réalité de sa petitesse et un grand désir d'imiter le Christ en suivant la voie de la Croix ;
la vigueur corporelle et spirituelle du frère Jean des Louanges, qui en ce temps surpassait en force corporelle les autres hommes ;
la charité du frère Roger, dont la vie entière et la conversation étaient inspirées par une fervente charité ;
enfin l'inquiétude du frère Lucide, qui fut toujours très préoccupé et qui ne voulait guère rester en un endroit plus d'un mois, car quand il lui plaisait de s'arrêter en quelque lieu, il repartait aussitôt en disant : « Nous n'avons point de demeure ici, mais au Ciel. » (Miroir de Perfection, 85)