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La
vie et l'héritage de François d'Assise
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Dans la dispute évêque et podestat d’Assise, refaire l'amitié brisée
Gravement malade, marqué des stigmates, François vivait depuis plusieurs semaines dans une hutte de nattes dressée tout à côté de la fraternité qui assure à la communauté de Claire et de ses soeurs les services d'aumônier, de conférencier et de quêteurs. Il fait particulièrement chaud en ce soir de la fin de juillet 1225. Depuis longtemps les bruits familiers du jour se sont tu un à un. Il n'arrive cependant pas à dormir. Probablement parce qu'il n'arrive pas à terminer sa louange d'action de grâce au Seigneur pour les événements de la journée.
La graine de division
Cela avait commencé à Pérouse il y avait plus de 10 ans. En effet c'était en 1214 qu'une guerre avait éclaté dans cette ville entre les nobles et les gens du peuple. Même le pape Innocent III, ainsi que son successeur actuel Honorius III, avaient essayé d'y rétablir la paix. Mais sans succès. Il y a trois ans, en 1222, Honorius avait fait appel au grands moyens et avait décidé que tous ceux qui s'impliquerait dans ce conflit seraient excommuniés. Il y avait eu un accalmie. Mais voilà qu'au printemps dernier Pérouse était de nouveau plongée dans la guerre civile.
Assise s’était tenue à l'écart de ce conflit jusqu'à la venue au pouvoir du nouveau podestat (maire), messire Oportulo. Il avait récemment pris partie pour les nobles de Pérouse et avait signé avec eux un pacte d'aide mutuel. Alors l'évêque d'Assise, monseigneur Guido, avait lancé contre le podestat la peine d'excommunication. Bien sûr, l'évêque affirmait qu'il n'avait fait qu'appliquer la décision du seigneur pape. Mais tous avait remarqué avec quelle rapidité il l'avait fait. Et tous y reconnaissaient de la part de ce bouillant et colérique personnage un contentement certain à pouvoir enfin répondre aux autorités civiles auxquelles l'opposait depuis longtemps une de ces querelle de privilèges pour lesquelles il était devenu célèbre.
Un mal qui se répand
En apprenant la nouvelle de cette excommunication, François n'y avait rien flairé de bon. Il redoutait la suite. Sa crainte n'avait pas été sans fondement. Le jour suivant, c'est-à-dire avant-hier, le frère Nicolas était arrivé en courant de sa tournée de quête pour les soeurs. A bout de souffle il avait racconté à François qu'il venait d'entendre Bonbarone, le crieur publique, annoncer par toute la ville une décision du podestat Oportulo. Dorénavant personne ne pourrait vendre quoi que ce soit à monseigneur Guido ou aux gens de sa maison. De plus, on ne devait même pas avoir de contact avec eux.
François s'était alors rendu compte que les choses se gâtaient plus rapidement qu'il ne l'avait escompté. S'en allait-on vers une guerre civile, comme celle qui en ce moment déchirait Pérouse. L'évêque pouvait compter sur le nombre important de ceux qui étaient à son service et à son emploi. Comme les autres seigneurs de la ville, il avait ses propres gens d'armes prêts à défendre l'important territoire qui dépendait de lui. Le podestat pouvait, bien sûr, compter sur le grand nombre de ceux qui, à son appel, défendraient les intérêts de la commune. Mais il s'en trouverait probablement qui se rangeraient du côté de l'évêque. Et le petit peuple serait pris entre les deux camps et ferait les frais de cette guerre. Non, il faudrait à tout prix trouver le moyen de rapprocher ces deux pouvoirs dont l'opposition n'aurait que des conséquences désastreuses pour la population.
Là où se trouve la haine...
François avait alors prié le Seigneur de la Paix de faire que sa ville bien-aimée ne soit pas, elle aussi, déchirée par la guerre; mais qu'elle puisse dépasser ses tensions et reprendre la voie de la collaboration de tous pour le bien de tous. François avait alors éprouvé beaucoup de tristesse à la pensée que, dans une situation si clairement en opposition avec la Bonne Nouvelle du Royaume, il ne s'était trouvé personne pour rétablir entre le podestat et l'évêque la paix et la concorde. Ah! s'il n'avait pas été cloué à son lit de malade, il savait bien ce qu'il aurait fait.
Hier matin il avait demandé à frère Nicolas de prendre un peu l'air de la ville pour voir ce qu'on y disait. Les nouvelles n'avaient pas été bonnes. Le ton montait entre les partisans du podestat et ceux de l'évêque. Sur la grande place il avait vu et entendu des groupes d'hommes se lancer des accusations, des injures et même des menaces. La foule de curieux qui les entourait s'était montrée très excitée. D'après Nicolas cela pouvait à tout moment tourner à la bagarre.
...que je mette le pardon
Et voilà que ce matin on lui avait justement rapporté que des bagarres avaient éclaté à quelques endroits dans la ville. Mais il avait déjà décidé d'agir. Ne pouvant pas se déplacer, il avait conçu un plan d'action qui tablerait sur le crédit qu'il avait auprès des deux ennemis. En effet Guido s'était toujours montré amical envers lui et ses frères; et messire Oportulo lui avait, en maintes circonstances, manifesté beaucoup de respect.
Après l'heure de Tierce, il avait appelé Nicolas et lui avait demandé de ne pas faire la quête aujourd'hui; Claire et ses soeurs jeûneraient pour le succès de son projet. Au lieu de la quête, frère Nicolas irait plutôt trouver le podestat et lui demanderait de sa part de se rendre à l'évêché avec les notables de la ville et toux ceux qu'il pourrait rassembler. Après le départ de ce premier messager, il avait appelé les trois autres frères qui composaient la fraternité au service de St-Damien, et les avait priés de se rendre à l'évêché et là, en présence du podestat et de toute l'assemblée, de chanter le Cantique du frère Soleil qu'il avait composé peu auparavant. Il leur dicta une nouvelle strophe adaptée à la circonstance :
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour ceux qui pardonnent par amour pour toi;
pour ceux qui supportent épreuves et maladies;
heureux s'il conservent la paix,
car par toi, très haut, ils seront couronnés !
Les frères partis, il s'était mis en prière. Il avait demandé aux frères d'informer Claire de son projet pour qu'elle et ses soeurs s'unissent à sa supplication auprès du Seigneur. Il avait confiance qu'à la prière de si saintes femmes le Seigneur mettrait dans le coeur du podestat et de l'évêque des sentiments d'humilité et de paix.
L'heure de vérité
Les frères étaient revenus émerveillés de ce qu'ils avaient vu. Dans leur enthousiasme tous parlaient en même temps. François avait tout de même pu saisir que beaucoup de monde s'était rassemblé dans la cours de l'évêché. Au centre se tenaient le potentat Oportulo et un grand nombre de nobles; en face de lui, sur les marches de l'évêché, avaient pris place l'évêque Guido et ses clercs. Une grande foule s'était entassée sous les arcades qui entouraient la cours. Tous avaient écouté dans une religieux silence le chant du Cantique. Le potentat s'était levé et avait joint les mains comme on fait pour l'Évangile du Seigneur, et il avait tout écouté dans un grand recueillement et avec attention. On avait même vu des larmes couler sur ses joues.
À la fin du chant, il y avait eu un long moment de silence. Puis le potentat avait proclamé d'une voix forte que non seulement il pardonnait au seigneur évêque, mais qu'il pardonnerait même au meurtrier de son frère ou de son fils! Il s'était alors jeté au pieds de l'évêque et lui avait promis satisfaction. L'évêque l'avait relevé et avait admis devant tout le monde que sa charge exigerait chez lui plus d'humilité, mais qu'il avait un caractère prompt à la colère; il demandait lui aussi pardon. Alors les deux s'étaient embrassés avec beaucoup de tendresse. Et le petit peuple qui les entourait avait applaudi à tout rompre. Car il avait compris qu'il venait d'échapper aux malheurs de la guerre.
Une mission toujours actuelle
Les frères avaient aussi dit que le bon peuple attribuait ce « miracle » à lui, François. Mais lui, il savait mieux. Ce « miracle », - car c'en était un à ses yeux, - le bon peuple le devait plutôt à la prière de Claire et de ses soeurs. Et surtout à la bonté et à la miséricorde du Seigneur de la Paix, dont lui et ses frères n'avaient été que des ambassadeurs. Mais refaire sans cesse la communauté humaine, cela, - il en était convainçu ,- faisait aussi partie de la mission que le Seigneur lui avait confié, ainsi qu'à ses frères et à ses soeurs : « Va, répare ma maison... »
Pour nous aujourd'hui
- Connaîssons-nous des cas où des gens ne peuvent plus collaborer parce que l'amitié qui devrait les rapprocher a été brisée? Qui en subit les conséquences ?
- Vu sa situation de grand malade, François aurait pu se contenter de prier pour les ennemis. Il a voulu faire plus. Pourquoi ? En quoi cet exemple de François nous inspire-t-il ?
- Pour réaliser son plan d'action, François s'est assuré d'un bon point de départ : le crédit personnel dont il jouissait auprès des deux ennemis ? Qu'est-ce que cela nous suggère pour notre propre attitude dans des situations semblables ?
Laurent Gallant, ofm
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