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La
simplicité volontaire, plus que jamais...
Montréal, Écosociété, 1998, 272 p.
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Vivre
à contre-courant !

Le mouvement de la simplicité volontaire sest
développé au Québec à partir du milieu
des années 80. Ce courant de société
qui nous invite à une vie plus simple prend de plus en
plus d'ampleur, si bien quil nest pas rare dentendre
des jeunes qui sy identifient sans retenu. On en attribue
la paternité à Serge Mongeau, auteur entre autres
du livre La simplicité volontaire, plus que jamais ! Il nous a accordé une entrevue.
NRF
Quest-ce que la simplicité volontaire?
Serge Mongeau
Curieusement, jaime répondre à cette
question par la négative, en disant dabord ce quelle
nest pas. Ce nest pas une religion, ni un éloge
de la privation. Ce nest pas de lascèse ni
une invitation à la pauvreté. Ce nest pas
non plus un concours, où celui qui se « priverait
le plus » serait plus admirable. Non, cest autre
chose.
Il sagit
essentiellement dun moyen pour accéder à une
vie meilleure, plus riche, plus pleine. La base en est très
simple : il suffit de sarrêter un peu afin de
réfléchir sur sa vie. Où va-t-on? Quel est
le sens de tout ce que je fais? Et finalement : de quoi ai-je
vraiment besoin? Il sagit didentifier nos véritables
besoins pour ne plus se laisser dicter des manières de
faire ou dacheter par la société de consommation.
Je suis convaincu
dune chose : moins on réfléchit et plus
on se laisse prendre au jeu du superflu, de linutile. À
mon sens, il suffit de faire le point sur sa vie, périodiquement,
pour lui insuffler un véritable dynamisme.
NRF
Aujourdhui, il a de nombreuses personnes qui adhèrent
à la simplicité volontaire, mais comment cela a-t-il
commencé?
SM- Au début
des années 80, jai lu le livre de Duane Elgin
(Voluntary simplicity : toward a way of life that is outwardly
simple, inwardly rich, New York : Quill, 1981, réédité
en 1993). Pour lexpression « simplicité
volontaire », lui-même se réfère
à luvre dun sociologue qui, en 1935,
a écrit sur Ghandi et son approche. Jai été
tout de suite fasciné; jai choisi de creuser ce même
sillon.
En général,
on mattribue la paternité de ce courant au Québec.
La parution de la première édition du livre La
simplicité volontaire (1984) a permis à de nombreuses
personnes de reconnaître ce quelles vivaient déjà,
ou de choisir de modeler leur existence sur les principes dune
vie paradoxalement plus riche. Aujourdhui,
il sagit dun mouvement qui prend de lampleur.
NRF
Pourquoi adopter ce genre de comportement ?
SM - Aussi
étonnant que cela puisse paraître, ce fut pour moi,
dabord une question de santé. Même si je ne
pratique plus la médecine depuis plusieurs années,
cest en minterrogeant sur les conditions dune
meilleure vie que jen suis venu à chercher dans cette
direction.
Dans de nombreux
pays, les gens sont malades parce quil y manque trop déléments
essentiels à la vie (hygiène minimale, nourriture
suffisante, climat favorable, etc.). Au Canada, de très
nombreuses personnes sont en mauvaise santé, parce quon
y trouve de lexcès, de la surabondance : trop de
gras, trop de sucre, trop de nourriture transformée. Combinés
à un rythme de vie où nous sommes de moins en moins
actifs, physiquement, et où nous sommes exposés
au stress, ces éléments nous rendent malades. La
surconsommation est en train de nous tuer.
Il mest
apparu de plus en plus clair que, pour vivre en santé,
il fallait choisir de vivre à contre-courant, fondant notre
existence sur dautres valeurs que celles quon nous
propose. On adopte alors un mode de vie quelque peu marginal,
car on ne peut faire des choix sans renoncer à quelque
chose dautre. Plus tard, je me suis intéressé
aux conséquences écologiques et sociales de cette
approche. Je réalisais, en effet, quil sagit
dune voie quasi incontournable pour la santé de la
planète! La surconsommation marque de son empreinte le
monde entier; la société nord-américaine
est responsable dune grande partie de la dégradation
des écosystèmes et des conditions sociales à
travers le monde. Il nous faut en être conscients.
NRF
Vous dites parfois que la simplicité volontaire
est une voie « dhumanisation ». Quest-ce
que cela signifie?
SM- Jaime
dire que cette approche a pour vertu première de nous redonner
du temps. Lorsque lon choisit de vivre simplement, on ne
court plus après tout ce que la société nous
offre; on prend le temps didentifier nos vrais besoins.
Par conséquent, on a moins besoin dargent, on court
moins. Notre vie devient davantage marquée par la qualité.
Se donner du temps, cest redonner de la qualité à
notre existence.
Lêtre
humain, pour bien vivre, a besoin de différents types dactivités,
de travailler physiquement, par exemple, ne serait-ce que quelques
heures par semaine. Dans notre monde sur-spécialisé,
nous ne sommes plus que des êtres qui développent
quune partie de leurs possibilités. Or, le bonheur
de vivre se déploie justement dans une certaine polyvalence.
Notre être tout entier est sollicité par la variété
des activités ; les muscles et la tête restent en
santé. Nous devenons une personne plus complète.
Avoir du
temps, cest aussi devenir plus disponible pour les autres.
Nous sommes des êtres communautaires. Vivre simplement,
cest en fait vivre plus humainement. Jen suis persuadé.
Monsieur Serge Mongeau, né en 1937, est médecin
de formation. Il sest rapidement orienté vers le
développement communautaire et les sciences politiques.
Depuis plus de 25 ans, il travaille dans le domaine de lédition.
Il a aussi écrit La belle vie (Écosociété, 2004).
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