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Les Franciscains du Québec
Quelques figures du passé et quelques noms (1890-1990)
En relisant les deux tomes de C’était mon frère, mémorial des défunts, on retrouve la diversité des frères de la Province Saint-Joseph. La première impression est l’internationalité. La deuxième est l’ardeur au travail et la présence diffuse dans tous les milieux de la société. Au fil des pages apparaît une polyvalence des talents, et même une originalité dans les engagements. La troisième est l’insistance sur l'aspect humain de ces hommes consacrés.
Dans la tradition franciscaine, le genre littéraire Fioretti (petites fleurs) a le pouvoir d’évoquer l’indicible et de faire revivre les plus tendres souvenirs. En voici quelques-uns. (Le nom entre parenthèses désigne celui qui y a rédigé la notice nécrologique).
Conrad Gélinas, de Saint-Barnabé +1968, fut l'un des deux premiers missionnaires à partir pour le Japon en 1922. Il fit 3 ans de camp de concentration. Il accomplit des exploits surhumains pour ravitailler religieux, religieuses, séminaristes et amis... Tous ont trouvé chez le frère Conrad, un guide, un chauffeur, un commissionnaire, surtout un vrai confrère franciscain de très haute valeur (Georges-Henri Cloutier).
Pascal-M. Provost, de La Présentation, +1968, laissa le souvenir d'un frère mineur appliqué et diligent, dévoué et consciencieux, discret et modeste, homme de Dieu profondément attaché aux valeurs qui ont inspiré les meilleures traditions franciscaines (Georges-A. Robert).
Zéphirin-M. Noël, de Saint-Marc-sur-Richelieu, +1966, a rejoint très finement une quantité d'âmes, sans le moindre apparat et le plus simplement du monde; il a détendu les recroquevillés, rasséréné les mélancoliques, réconforté les faibles, stimulé les désabusés de la vie, consolé les affligés, ranimé les chancelants dans leur foi, aiguillé les pécheurs dans la voie du bien (Norbert Poisson).
Romuald Villeneuve, de Saint-Hilarion (Charlevoix), + 1959, fut remarquable. Son zèle comme confesseur, était admirable. Cet homme de bonne humeur, par disposition native, mais aussi par vertu acquise, avait l'abord facile, ce qui en fit un directeur spirituel recherché, attendu, désiré. Assidu à ce crucifiant ministère à la chapelle, puis au parloir, il était sans cesse réclamé... Les malades trouvaient en lui un père bon, compatissant, dévoué (Vital Lemire).
Anastase Mailloux, de Saint-Luc (Laprairie), + 1963, a fait beaucoup de direction spirituelle. Sa prière : « Seigneur, vous voulez que j'aime les autres comme vous m'aimez, avec cette tendresse étonnante qui instruit, purifie, fortifie... Apprenez-moi, hôte éternel, à pratiquer l'hospitalité et une extrême bonté pour les autres »... La leçon que notre frère nous laisse concerne la charge de pénitencier dans nos couvents, fonction très importante et réellement apostolique, quand elle est accomplie avec dévouement, constance et bonté (Albini McCarthy).
Edmond Péloquin, de Saint-Edmond de Coaticook, +1966, était gai de tempérament, affable, ouvert; il fut toujours un excellent compagnon pour ses confrères. Il fut tour à tour jardinier, cuisinier, sacristain, menuisier, portier, linger, infirmier et quêteur (Grégoire Cormier).
Marie-Emile Auger, de Saint-Aimé (Richelieu), +1935, eut pour le prochain une charité qui ne se démentit jamais. Elle prit de multiples formes, tant envers les miséreux de Montréal que cette famille délaissée de Mazagran, près de Lille, à qui il portait, à bout de bras, des sacs de charbon, de la nourriture, des vêtements, des couvertures... Ce zèle conquérant animait ses activités d'éducateur, de prédicateur, de sociologue. Disons qu'il le consuma. Vouloir conduire toutes les âmes en Paradis, toutes les comprendre, communier à tous leurs états, c'est se charger d'un douleur infinie où l'impuissance dévore le désir. Il aura passé comme une flamme, cet homme charmant, ce religieux fervent, ce travailleur acharné, cet apôtre conquérant (Yves-M. Gaudreau).
Urbain-M. Béland, de Louiseville, +1932, fut humble et saint. Ces deux mots résument bien cette vie religieuse courte mais ornée des plus belles vertus franciscaines. On a justement dit de lui qu'il était «ange à la prière, homme au travail, enfant en récréation» (Frédéric Bélanger).
Gérard-M. Bessette, de Gonic, N.H., +1964, reçut du ciel la mission de souffrir. Trente-deux ans de maladie, 20 interventions chirurgicales, 3 années complètes de séjours dans divers hôpitaux, 9 années de paraplégie (Bernardin Verville).
Léonard Bétournay, de Saint-Chrysostome, +1954, fut 27 ans en Terre-Sainte, à tous les sanctuaires. C'est à la Grotte de Gethsémani, au Mont des Oliviers, qu'il donna pendant dix ans un témoignage remarquable. Sa conviction et sa piété communicative ranimaient les esprits, inclinaient les visiteurs à l'attitude recueillie de la prière. Il eut une piété rare et un respect extrême (M.-Bernard Loiselle).
Vivalde Massé, de Saint-Michel (Bellechasse), +1971, était un ami capable de rire et de taquiner ses intimes, un ami dont la rigoureuse discrétion donnait un prix accru à ses attentions raffinées, à ses mots d'un discernement sans pareil et d'une irrécusable sincérité (Odoric Bouffard).
Raphaël Quinn, de Montréal, +1966, fut missionnaire en Terre Sainte pendant 43 ans. Ce jeune Irlandais fut « socius » (secrétaire particulier) de 4 custodes successifs. Il fut l'infirmier du P. Frédéric à Montréal, en 1916, et l'assista dans sa dernière maladie, se méritant le privilège d'assister à la mort du saint vieillard (Barthélemy Héroux).
Joseph-Alfred Wolfe, de Saint-Alexis (Joliette), +1970, fut le type classique de l'observant, avec les connotations d'austérité, de prière, de solitude... Il était l'homme de la prière : il priait, il faisait prier, il confessait, il convertissait. S'il y avait un pécheur récalcitrant dans la paroisse, il réussissait à le convertir, là où tous les autres échouaient », disait Mgr Lionel Audet de celui qui accompagna pendant 15 ans les évêques en tournées de Confirmation dans le diocèse de Québec. Ce qui m'édifie davantage quand je pense à lui, c'est le souvenir de sa charité et d'une austérité qui s'accompagnait de joie (Odoric Bouffard).
Ce fut une grâce de connaître ces quelques frères, et tant d’autres, vivants et défunts, qui leur ressemblent! À la louange du Christ, Amen!
Roland Bonenfant, ofm
Tiré de Les Franciscains 1890-1990, Septentrion, Québec, 1990, p. 407ss.
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