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Va, répare ma maison...

Aujourd’hui encore, les mots adressés à François d’Assise par le Christ de Saint-Damien résonnent bien clairement à nos oreilles : « Va, répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines! » Mais quelle réponse appelle une telle interpellation?

À certains jours, tant de choses semblent tomber en ruines dans la société et dans l’Église… Sans sombrer dans l’alarmisme, on peut affirmer que les petits et gros désastres sont nombreux autour de nous. Mentionnons, à titre d’exemples : l’équilibre environnemental de la planète qui est déréglé; les conflits politiques, ethniques et religieux qui font ravage aux quatre coins du globe; la pratique religieuse qui atteint des niveaux dangereusement bas, ici et ailleurs; l’institution familiale qui est en crise; les scandales qui ébranlent les institutions; un vide intérieur qui conduit tant de nos contemporains à la dépression ou au suicide ; un écart économique grandissant entre les pauvres et les riches etc… etc…

Dans le grand classique de la spiritualité chrétienne, Sagesse d’un pauvre, le frère Éloi Leclerc met dans la bouche de François d’Asisse des paroles qui s’adressent à nous tous aujourd’hui : « Il ne faut surtout pas qu’en allant vers [les hommes et les femmes de notre monde], nous leur apparaissions comme une nouvelle espèce de compétiteurs. » Il me semble que ces quelques mots nous mettent sur la piste d’une maison qui était à reconstruire du temps de François d’Assise et qui l’est encore aujourd’hui.

La maison de notre humanité

À mon avis, la maison qui est la plus ébranlée aujourd’hui n’est pas celle de l’Église-institution. Bien que notre monde post-moderne ait un peu tendance à malmener cette institution (comme presque toutes les autres, d’ailleurs), n’oublions pas que l’Église en a vu d’autres. Un recours à l’histoire nous apprend qu’aux premiers temps de la colonie, nos ancêtres avaient une pratique religieuse encore moins forte que la nôtre. La situation d’une fréquentation quasi-unanime de l’église – qui régnait du début du siècle jusqu’aux années ’50, au Québec – fait plus figure d’exception que de règle dans l’histoire du catholicisme.

En fait, il me semble que la maison qui se porte le plus mal actuellement n’est pas celle de notre appartenance ecclésiale, mais bien celle de notre niveau d’humanité. Les chrétiens et chrétiennes d’aujourd’hui croient-ils véritablement que l’être humain est le lieu privilégié de la rencontre de Dieu? Je pense que l’appel premier que lance le Christ de Saint-Damien aux franciscains et franciscaines d’aujourd’hui est l’invitation à opposer une logique d’Évangile aux dominations, racismes, abus et manipulations qui briment la dignité de tant d’êtres humains autour de nous. « Va, répare ma maison… »

Parler de Dieu

J’ai la conviction profonde que si je suis incapable d’entrer dans une relation de simple amitié avec un autre être humain, je ne devrais pas m’autoriser à commenter publiquement la parole de Dieu, car j’en détournerai certainement le sens premier. Le Christ est venu nous enseigner à aimer des femmes et des hommes vrais, vivants et concrets. Il n’est certes pas venu pour faire de nous des tribuns démagogiques et prosélytes.

Pour paraphraser Éloi Leclerc, je dirais que notre XXIe siècle n’a pas besoin d’un autre groupe religieux avide de faire des adeptes. Notre monde n’a pas besoin d’une Église préoccupée par ses finances, ses structures et ses regroupements pastoraux. Notre Église et notre monde ont besoin d’humanité. Ils ont besoin d’être humanisés

À mon avis, il est certes utile de proposer à nos contemporains des repères de sens hérités de la tradition de l’Église et de prêcher l’Évangile, mais il est avant tout urgent de nous humaniser et de toucher à la vérité de notre coeur.

Les Franciscains ont la chance d’avoir hérité d’une tradition spirituelle qui propose d’entrer dans une expérience de minorité, et de témoigner d’un Dieu qui se laisse découvrir par les voies du cœur, au ras du sol, là où l’être humain se reconnaît vulnérable et capable d’aimer.

N’oublions pas les nombreuses mises en garde dont sont ponctués les textes d’Évangile, qui invitent à toujours revenir à la source du message de Jésus :

« Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture; vous de même, au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23,27-28)

Pour apporter une bonne nouvelle à quelqu’un, ne faut-il pas d’abord le connaître, le comprendre un peu, et l’aimer?

Pierre Charland, o.f.m.

 
 

 

Dernière modification : 1er avril 2009

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