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Battista Varani

 

 

Bienheureuse Battista Varani
(1458 - 1524)

Sa fête au calendrier liturgique est fixée au 30 mai.

Battista VaraniElle s’appelait Camilla dans le siècle. À son entrée chez les Clarisses, elle prit celui de Battista. Battista Varani, née le 19 avril 1458, appelée Camilla, était une fille née hors mariage, du Prince Giulio Cesare da Varano, qui était le seigneur de la petite principauté de Camerino. Battista était donc princesse. Le Prince reconnaissait sa paternité sur cinq enfants illégitimes, mais il se vantait d’avoir eu, en tout, 69 enfants (5 + 64). Son enfant préférée était Camilla qu’il destinait à un brillant avenir.

Vers l’âge de 8 à10 ans, à un sermon du vendredi saint, elle entendit le frère Dominico de Leonessa inviter les fidèles à verser une petite larme chaque vendredi, en mémoire de la passion du Christ. Cela l’impressionna beaucoup. Ne se sentant aucun goût pour la prière, et se moquant des religieux, Battista s’étourdissait dans les divertissements. En dépit des frivolités de la cour (danse, musique, promenade, sortie en grandes toilettes), elle persista dans son voeu et tomba un jour sur un livre contenant une méditation en quinze points sur la passion du Christ, récitée comme un rosaire. De 18 à 21 ans, elle s’installait, à genoux au pied d’un grand crucifix, et lisait cette méditation. Elle ajoutait parfois à cela du jeûne, des vigiles et des flagellations. Alors ses larmes commencèrent à couler.

Au carême de 1479, à 21 ans, elle fut libérée de sa prison intérieure. Elle entendit la prédication d’un franciscain, Francesco d’Urbino, appelé La trompette du Saint-Esprit. Ses paroles retentirent en son âme comme autant de coups de tonnerre. Elle eut une correspondance avec ce prédicateur, et Battista fit le vœu de chasteté à 21 ans, la veille de la fête de l’Annonciation, le 24 mars 1479. Elle avoue avoir entendu souvent des voies intérieures lui disant de se faire religieuse. Autour d’elle, à la cour, on se moquait d’elle et on parlait dans son dos. Son père, du reste, était farouchement opposé aux projets de sa fille. Apres une confession de ses péchés le samedi saint, 17 avril 1479, elle décida d’entrer au monastère chez les Clarisses à Urbino.

Durant les deux ans et demi précédant son entrée définitive, elle avait pu lâcher les brides de son cœur et se précipiter avec fougue vers son très doux époux, le Christ. Par la suite, les cataractes du ciel s’ouvrirent pour elle : de douces caresses, des baisers, des paroles pleines de miel. Cette période fut marquée aussi par sept mois de maladie et de dépression. Durant ce temps aussi, elle reçut de son divin époux, comme signe de son passage, le don de trois lys :

1- une très forte aversion du monde,
2- une humilité intime,
3- et un ardent désir de souffrir du mal (il mal patire), se commettant partout.

Elle composa les Laudes de se savoir aimée par le Christ ; le Christ se montra à elle, mais de dos, et s’éloigna d’elle. Elle eut aussi l’apparition de sainte Catherine de Bologne (1413-1463), dont elle relut souvent le livre : Le traité des sept armes spirituelles. Ce livre fut un best-seller du temps, comme celui de Battista (1458-1524) : Les peines intérieures de Jésus durant sa passion. Autres écrits de Battista Varani :

La conduite de la vie spirituelle
Le Mémorial de Jésus
Prières à Dieu.
La voie des visions et des rêves (le plus important de ses écrits)
Le mendiant de l’absolu.

Le 14 novembre 1481, elle fut libérée de son esclavage, écrivit sa méditation sur le fait de Souffrir du mal. Elle entendit dire par le Seigneu : Je t’aime Camilla. La dernière carte de son père, dans ses manœuvres pour contrôler le destin de sa fille, fut l’achat et la rénovation d’un monastère des Olivétains, près de son château. Elle revint donc à Camerino, mais pour être abbesse de ce monastère qui adopta la Règle sévère de sainte Claire (aucune propriété). Elle y vécut quarante ans.

Sainte Claire lui apparut durant quinze jours, avant que Jésus ne lui apparaisse lui-même. Deux anges, un Séraphin et un Chérubin, lui apparurent durant deux mois, et la tinrent suspendues en vision. Elle eut cinq ans de paix profonde, portant en elle un feu brûlant.

En 1448, à 32 ans, elle eut huit douleurs, celles de la Passion. Elle eut alors des apparitions de la Vierge Marie. Elle vécut une crise spirituelle qui dura 5 ans : combat et agonie, abandon et désolation. Elle répétait la lamentation de Jérémie : Ô vous tous, qui passez par la voie du divin amour, arrêtez-vous un instant, et voyez s’il est une douleur pareille à la mienne.

Battista vivait de grandes souffrances dans sa vie spirituelle, mais aussi dans sa vie tout court. Par exemple, la mort de son père et de trois de ses frères. En 1501, Alexandre VI, un Borgia, excommunia son père, accusé d’avoir hébergé des ennemis du Pape et d’avoir assassiné son cousin. Quand en 1502, Camerino tomba aux mains des troupes du Pape, conduites par le terrible Cesare Borgia, Battista dut s’exiler aux Abbruzzes, dans le royaume de Naples. Exil d’un an, durant lequel elle apprit que son père et trois de ses quatre frères avaient été faits prisonniers et étranglés. Elle revint dans son couvent en 1503.

Battista Varani devint mère spirituelle et fut envoyée pour une nouvelle fondation par Jules II, en 1505. Elle empêcha des exécutions capitales en 1515. Elle écrivit au Ministre général un Traité de la pauvreté. Elle mourut de la peste le 31 mars 1524, à 66 ans, et son culte fut confirmé par Grégoire XVI, le 7 avril 1843.

Camerino, grâce à Battista est devenu le deuxième centre de réforme catholique, après l’Ombrie.

Battista représente un sommet de la vie des Clarisses. Elle se rapproche plus de sainte Colette (spiritualité du vendredi saint), que de sainte Claire, plus sereine et moins exclusivement fixée sur la passion de Jésus. Beaucoup de grands saints des XIVe et XVe siècles chantent la passion du Christ, comme s’ils y étaient, dans la peau de la Vierge Marie et de Marie de Magdala au pied de la croix. C’est ainsi que le chante un négro-spirituel : I was there when they crucified my Lord. J’étais là, quand ils ont crucifié mon Seigneur. Et cela nous fait trembler, trembler, trembler. Ce chant résume toute la vie de la clarisse Battista Varani.

 
 

 

Dernière modification : 23 mai 2006

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