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Jai
découvert la liberté et la joie!
par Pierre Charland, ofm
De
« drummer » à franciscain!
par Guylain Prince, ofm
La
Création
par Marc Le Goanvec, ofm
En
faveur des sans-voix
par Jean Thevenin, ofm
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De
«drummer» à franciscain!
Si
on mavait dit, lorsque javais dix-sept ans, que je
deviendrais franciscain, jaurais éclaté de
rire! Rien ne mavait préparé à un tel
choix de vie : javais la barbe et les cheveux longs,
jétais plus drummer dans deux bands quétudiant
et je me donnais parfois des allures de « tough ».
Non rien ne my préparait. La route fut longue et
souvent hésitante; mais, en cette belle année 1998,
je mengage pour de bon! Je serai franciscain pour la vie!
En fait,
tout a basculé en une fin de semaine. Au CÉGEP,
il marrivait de saluer lagent de pastorale :
un prêtre italien qui sappelait Antoine. Il savait
que je faisais de la musique, sans plus. À un moment donné,
il me demande : « Connaîtrais-tu quelquun
qui joue des percussions? » Évidemment, je lui
ai dit que je « tapochais » de temps à
autre. Il minvita alors à visiter un groupe de musique
qui en aurait bien besoin. Ça me tentait plus ou moins
puisque je jouais déjà dans deux bands. Jy
suis allé.
Ma première
impression? Une gang de fous! Ils étaient plus de 10 musiciens
et musiciennes qui parlaient de foi et du « Bon Dieu ».
En plus, ils semblaient chercher chaque occasion pour se souhaiter
la « Paix du Seigneur » et sembrasser.
Je nen revenais pas. Puis, après un temps de prière
(toute une expérience pour moi!), ces mêmes musiciens
se sont mis à pratiquer. « Pas mal, me suis-je
dit, ça manque de rythme mais cest bon. »
Jai commencé à les voir à toutes les
deux semaines, à répéter un peu, sans grande
conviction. Mais ça nallait pas tarder...
Un
flash qui ma renversé!
Le Père
Antoine, le prêtre de tout à lheure, a commencé
à insister pour que jaille à une « Montée
pascale ». Je ne savais pas trop ce que cétait.
Durant le congé de Pâques, nous nous sommes retrouvés,
une douzaine de gars, en camping dhiver dans la région
de Rawdon. Je dis dhiver car cétait sur la
neige et pendant une nuit, il avait fait - 30 °C
Une mauvaise
surprise my attendait : on y parlait de religion. À
ça, je nétais pas intéressé.
Jai donc commencé la fin de semaine « sur
les freins ». En effet, à partir du jeudi soir,
nous vivions les derniers moments de la vie de Jésus :
le dernier repas, la tristesse de labandon, les procès,
la crucifixion, etc. Il serait long de tout décrire. Mais
jai commencé à comprendre quelque chose :
il y avait beaucoup damour dans la vie de cet homme. Et
ça ma ébranlé. Je me suis dit :
« Au fond, ce nest quune fin de semaine,
ça ne pourra pas me faire de mal... »
Le samedi
matin, très tôt, avant le lever du soleil, on nous
réveilla. De toute la nuit, je ne garde quun souvenir :
celui davoir claqué des dents. Dans la pénombre,
nous nous sommes rendus au sommet dune colline. Là-haut,
jai vu le soleil apparaître. « Tel le soleil
qui se lève le matin et éclaire la nuit, aujourd'hui
sest levée une grande lumière. Du milieu du
tombeau, la vie de Jésus est réapparue! Il est vivant!
Il vit toujours! Alléluia! » Un chant de joie
fut entonné; je suis resté silencieux à contempler
lhorizon.
Peu de temps
après, nous descendions la montagne en silence : je
nen revenais toujours pas. Et puis, nous cherchions une
source. Soudain, au détour dun rocher, elle apparut :
claire, limpide et légère. Le Père Antoine
nous a dit : « Ceux dentre vous qui le veulent
peuvent me raconter leurs pires bêtises et je les pardonnerai
au nom de Dieu ». Je me souviens vaguement davoir
pris quelques moments de réflexion. Mais ce dont je me
rappelle avec beaucoup de détails, cest le moment
où Antoine, avec un peu deau, ma pardonné
mes péchés. Jai fondu en larmes, à
genoux dans la neige. Et, par crainte davoir lair
ridicule, jai jeté un regard autour de moi :
douze autres adolescents, comme moi, pleuraient et célébraient
la bonté de Dieu! Limage était saisissante!
Un peu à lécart, je me suis mis à prier...
Drummer
du Bon Dieu
Mon souvenir
est frais comme si cétait hier. Je regardais autour
de moi : les mêmes arbres, la même colline, la
même neige, mais tout avait changé. Tout était
différent : car le monde, à mes yeux, était
habité de Dieu. Il mapparaissait si présent
quon pouvait presque le toucher. Jai même tendu
les mains. Toute ma vie, je lavais vécue sans réaliser
que le monde était habité par Quelquun dont
la bonté na pas de limite. Toute ma vie, il avait
été là mais je ne lavais pas écouté.
Ce fut lun
des plus beaux moments de bonheur de ma vie et lun des plus
douloureux aussi. Car dans ma joie, je ne pouvais accepter une
chose : jétais passé à côté
dun être si bon sans lui avoir laissé la moindre
place. Dieu était tout proche et je lavais négligé.
Cétait le samedi de Pâques 1982.
Pendant trois ans, jai joué de la musique avec le
groupe de jeunes croyants. Je suis devenu lun deux.
Enthousiaste, jai commencé à consacrer beaucoup
de temps à la musique et à dautres choses
qui concernaient le « Bon Dieu ». Puis je
me suis rendu compte de quelque chose : plus que mes talents
de musicien, le Seigneur attendait de moi que je lui consacre
toute ma vie, toutes mes capacités, toutes mes facultés.
Je me suis engagé à le suivre où bon lui
semblera. Mais, je ne mattendais toujours pas à devenir
Franciscain...
Le
célibat?!?
Durant cette
période, jai sorti avec deux femmes. La deuxième
surtout, je lai beaucoup aimée. Nous aurions pu nous
marier. Pour moi, il était évident que je pouvais
vivre cette belle vie de foi, tout en étant en couple.
Ma compagne en espérait autant. Nous échangions
profondément et nous laissions place à Dieu. À
aucun moment je navais envisagé sérieusement
de vivre une forme de vie en tant que célibataire. Cela
mapparaissait impossible à vivre.
Ma compagne
et moi sommes allés visiter certaines communautés
où les couples peuvent vivre un engagement religieux et
avoir une famille. Nous en avons croisé quatre ou cinq.
Mais plus jexpérimentais ces formes de vie et plus
une question montait en moi : et si cétait en
tant que célibataire?
Pendant plus de trois ans, jai lutté « pour
ne pas voir et ne pas entendre ». Je nosais y
croire. « Pas moi! Un autre peut-être, mais pas
moi! » Jétais persuadé que ce ne
pouvait être pour moi : jétais trop attiré
par les femmes pour que ce soit sérieux!
Quand
François dAssise frappe en plein coeur!
Retournons
un peu dans le passé. Lorsque javais dix-neuf ans,
quelquun mavait donné un petit livre :
les écrits de François dAssise. « Quelle
drôle de manière de dire les choses! »,
métais-je dit. François, en effet, avait vécu
à lépoque des chevaliers. Si, dans leur ensemble,
ces petits mots de sagesse mattiraient peu, certains me
frappèrent droit au coeur. En voici quelques-uns :
« Heureux
le serviteur qui chérirait et respecterait autant son
frère lorsquil serait loin, que lorsquil
serait avec lui et ne dirait rien derrière lui quil
ne puisse avec bonté dire devant lui » (Adm
25)
« Heureux
le serviteur qui, lorsquil parle, ne manifeste pas tout
ce quil a, sous prétexte de récompense,
et nest pas prompt à parler, mais prévoit
sagement ce quil doit dire et répondre. »
(Adm 21)
« Où
est amour et sagesse, là pas de crainte ni dignorance.
Où est patience et humilité, là pas de
colère ni de trouble. » (Adm 27).
Ces paroles,
et beaucoup dautres, devinrent pour moi des points de repères
très importants dans ma vie. Mais la plus importante de
toutes celles-là est certainement :
« Dieu
est, et cela suffit! »
(François dans le livre Sagesse dun pauvre
dÉloi Leclerc, franciscain)
Apprendre
à reconnaître Dieu dans le monde; se réjouir
de tout son être du fait seulement quil existe, un
Dieu si bon et si grand; célébrer sa présence
par toute mon existence. Et apprendre à se contenter de
peu. Car si Dieu est « mon Tout », comme
priait François dAssise, rien dautre ne peut
occuper la place dun tel Absolu. Tout le reste est relatif
à cette unique source de bonté.
Je pourrais parler de tant dautres choses. De ces deux années
extraordinaires que jai vécues dans lArctique
canadien, de mon voyage à Assise en Italie, de ces engagements
auprès des exclus et des petits depuis le début
de mon cheminement, de ma quête dunité avec
les autres chrétiens, de ma formation et de mon engagement
à proclamer la Parole de Dieu, etc. Mais toutes ces dimensions
de mon être prennent racines dans lunique affirmation :
« Dieu est, et cela suffit ».
Marcher
pour devenir franciscain...
Depuis le
moment où je me sentais appelé à devenir
Franciscain et le moment où je le suis devenu, il sest
écoulé plus de six ans. Javais tellement de
préjugés et dinquiétudes. Mais petit
à petit, cette conviction sest affermie. Jai
entrepris les démarches à la suite de mon voyage
à Assise. Puis jai vécu lune des plus
belles années de ma vie : le noviciat. Depuis, je
suis franciscain.
Parfois,
je me sens fragile. Parfois, je me sens infidèle. Il marrive
de croire que je ne mérite pas de porter un habit qui fait
de moi un fils de François dAssise. Mais, il marrive
aussi de crier au Seigneur : « Merci de mavoir
fait connaître une telle famille! ». Lorsque
la fatigue me tenaille et que jai limpression dêtre
vide, presque toujours une petite délicatesse du Bon
Dieu vient
me rappeler combien je suis aimé. Combien nous sommes aimés.
En fait, la vie est simple. Jai tout simplement tendance
à la compliquer. Pourtant, peu de choses me rendent heureux.
Célébrer de tout mon être sa présence
et sa bonté. Ne pas me soucier du lendemain. Aimer mon
prochain de mon mieux. Servir les plus petits et les exclus.
Il en faut
si peu... pour être heureux. Puisse le Seigneur me le rappeler.
Car cest
là que je puise le bonheur dêtre frère
mineur.
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